Le Mécano et
la belle auto

D’après la fable Le savetier et le financier de Jean de La Fontaine

Au garage du village, Maxime le mécanicien
Avait la réputation d’un vrai magicien.
Tout le monde louait son habileté
A dépanner n’importe quel moteur,
Si bien que, de toute la contrée,
On lui portait sa moto, sa voiture ou son tracteur.

Sans doute, Maxime aimait-il la mécanique et les belles autos,
Mais sûrement pas tant que sa compagne, la jolie Margot
Qui, quant à elle, excellait dans le métier d’infirmière.
Les tourtereaux s’aimaient tendrement, chacun de l’autre étant très fier.
Un soir, rentrant à la maison, Maxime tomba en arrêt
En voyant, garé devant chez eux, un superbe cabriolet.

Sa surprise qu’une telle auto se trouvât dans son quartier
N’eût d’égale que celle que lui fit son aimée
En répondant à son : « Tu as vu, la voiture, en bas ? Elle est super ! ».
Par un joyeux «  C’est mon cadeau pour ton anniversaire »
En agitant devant son nez,
La carte grise et le trousseau de clés :
Quoique fort ravi de cette intention,
Notre mécano ne pût cacher sa préoccupation
Que la dépense ne fut au dessus de leurs moyens.

Mais Margot expliqua qu’une patiente qui l’aimait bien,
Apprenant le goût de Maxime pour les belles carrosseries,
Lui avait fait don de cette auto héritée de son défunt mari.
Aussitôt les voilà partis, le vent dans les cheveux,
Pour une balade en amoureux.

L’euphorie fut cependant de croute durée.
Bientôt, ils n’osèrent plus sortir dans la rue à cause des ragots
Que le sens, pleins de jalousie, faisaient dans leur dos.

Ils les ignorèrent jusqu’à ce que l’épicière dise à Margot d’un air détaché :
«  J’ai vu votre mari fort bien accompagné, hier,
Il passait dans son cabriolet avec une jolie passagère. »
Margot fit une scène à Maxime qui, malgré ses explications
A propos d’une cliente qu’il avait dû raccompagner
Ne parvint pas à ôter tout à fait la suspicion
Perfidement insinuée dans l’esprit de sa moitié.
Mais, nous l’avons dit, il n’était pas homme à préférer une auto
Fût-elle décapotable, aux beaux yeux de sa Margot.

Il rappela celui à qui ils avaient vendu leur vieille Peugeot
Pour la reprendre en échange du maudit cabriolet.
Grâce à cela, Margot vit à quel point il l’aimait,
Et ils purent ainsi vivre heureux,
Malgré les enfants qu’ils eurent fort nombreux.